Partager l'article ! Déclarations de Yayi Boni :Un pavé dans la marre ou dans la jarre ?: Yayi Boni fait le débat, on aime ou n’aime pas sa méthode et ses réf ...
Yayi Boni fait le débat, on aime ou n’aime pas sa méthode et ses références, il avance et ose même une fois de plus
tacler ses contradicteurs sur leur lit de postures. Dans la journée du vendredi, alors qu’il rencontrait la jeunesse en compagnie de son homologue rwandais Paul Kagamé, le président de la
république délaissant un instant son discours, s’était lancé dans une improvisation au cours de laquelle, un symbole de la république serait tombé. Yayi Boni ne veut plus que les doigts des
béninois soient mobilisés pour boucher une jarre car aurait-t-il déclaré, « la jarre que moi je propose […] n’est pas trouée, mais elle est pleine ».
Quelle mouche a donc piqué le Président ? Est-ce le moment de redonner du fil à retordre à ses conseillers et amis qui ont déjà assez de mal à le sortir des différents pièges que lui tendent ses adversaires ? Inconséquence ou témérité… ! Dans tous les cas, la riposte ne s’est pas faite attendre et l’apophtegme de Yayi Boni a, durant le weekend, déplacé le centre de son symbolisme, ce n’est plus tellement la jarre trouée en elle-même, mais l’auteur de la maxime, le roi Guézo qui serait personnellement visé par le Chef de l’Etat. Et à Sulpice Gbaguidi, l’éditorialiste de Canal 3 d’en appeler aux descendants de Dada Guézo afin qu’ils s’en souviennent dans quatre mois, au moment de glisser leurs bulletins dans l’urne. C’est de bonnes guerres, évidemment !
Liquider l’immobilisme intellectuel et moral
L’extrapolation journalistique est pardonnable, celle des politiciens l’est moins. Aucune lignée, aucune ethnie, aucune région, aucune ville n’a un droit exclusif de propriété sur le patrimoine historique et intellectuel de notre pays. La pensée philosophique et politique du roi Guézo, comme l’aurait été celle de Bio Ghéra ou de Toffa est du domaine public national. Tout béninois a le droit de s’en prévaloir, de le questionner, et d’en proposer un dépassement. Houngbédji et les siens ont choisi un symbole du patrimoine commun comme étendard de leur mouvement politique, bien leur en fasse. La volonté du Président Yayi Boni de ringardiser ses adversaires politiques, a été manifeste. Les Uns et les autres sont dans le jeu démocratique. Quand nous faisons appel à l’histoire, ce ne doit pas être dans un seul sens : romantique et nostalgique. Pour faire grandir la Nation, nous devons nous élever au dessus des vestiges du passé, y prendre ce qui nous porte de l’avant et restaurer ce qui mérite de l’être. Ces poussées d’urticaire contre la révision métaphorique proposée par le Chef de l’Etat, à bien y réfléchir, excusent un tant soit peu, Nicolas Sarkozy d’être venu sur les terres de nos aïeux nous dire que « l’homme africain n’est pas rentré dans l’histoire ». Le repli paroissien et communautaire qui nous montre frileux face à notre histoire ne nous préserve pas de la déconsidération. Le tabou, c’est fini, nous ne saurons embrasser l’avenir si nous réservons des domaines de non-droit à la pensée quelle soit scientifique, politique ou sociétale. Ne demandons pas à nos penseurs, sociologues, politologues et hommes politiques de revisiter notre histoire que pour la caresser dans le sens du poil.
Quand les conservateurs se trompent de symbole
L’avènement du Régime de Yayi Boni a d’une manière assez marquée, refaçonné le paysage politique national. Des adversaires d’hier ont enterré la hache de guerre et se bousculent sous le même bouclier pour ne pas disparaitre. De ce qui était au début une Union de survie émerge aujourd’hui sans le dire, un projet de société entièrement tourné vers le passé, des hommes du passé, les méthodes du passé, les références du passé… Et dire que le projet que nous réclamions, était sous nos yeux, dans les actes et les paroles : le conservatisme. Eh bien ! Les forces conservatrices se sont trompées de symbole. En effet, nous pensons que le roi Guézo, aujourd’hui, aurait été pour le dépassement de sa « jarre trouée ». Rappelons à ceux qui connaissent mal notre histoire, que ce souverain a été celui qui a accompagné les plus grands changements de son époque : la fin de la traite négrière et la révolution agricole pour une réorientation du commerce avec les occidentaux. C’est au prix d’innovation et de vision qu’il avait fait la richesse et la puissance de notre pays. Le roi Guézo n’était pas partisan de la momification de la pensée et de l’action, c’était un homme d’audace, c’était un homme d’ambition et c’était le roi de l’adaptation permanente, courageuse aux épreuves de son temps. Et aujourd’hui spécifiquement en matière agricole, sur le besoin de refondation de notre logique de production, Yayi Boni peut s’enorgueillir d’être le premier, depuis les indépendances, à s’être engagé sur les pas de notre ancêtre commun. Qu’il ait réussi ou non, son règne n’est pas encore achevé, et l’histoire saura quoi retenir.
Héritage symbolique ou héritage réel
A vrai dire, les conservateurs à l’esprit et à la pensée immobilisés dans le formol, revendiquent un héritage à la carte. Par leurs pratiques, ils n’ont de cesse de désacraliser eux-mêmes les emblèmes du roi. Malgré les dénégations énergiques des uns et des autres, Union fait la Nation n’est ni en intention ou conviction, ni en engagement factuel, ni en réalité politique de terrain, un mouvement national ou tout au moins soucieux de l’unité nationale. On peut s’époumoner sur des paroles attentatoires à un symbole, mais le mieux, c’est le réel, c’est la pratique, c’est le terrain, c’est les actes. L’unité nationale ne se décrète pas. Les déclarations de Houngbédji à Adja-Ouèrè, celles répétées de Rosine Soglo à l’Assemblée Nationale, la création et le fonctionnement de l’UN-même, ne vont pas dans le sens de l’affermissement de notre désir de vivre ensemble.
Ceux qui ont trouvé là une occasion de réveiller les antagonismes régionalistes auraient tort de jouer à ce jeu. Les faits ne militent pas à leur faveur. La réappropriation des préceptes du roi Guézo n’est la chose la mieux partagée par ses descendants directs. Parait-il que le trône qu’il a laissé en souffre, d’ailleurs.
Le symbolisme de l’unité nationale, n’est plus seulement dans la jarre trouée, notre pays l’a épousé sur le fronton de ses édifices publics dans la « fraternité » de sa devise. Peut-être est-il temps que nous libérons nos mains pour nous mettre au travail, pour une prospérité partagé. Car faut-il le rappeler, la paix, la stabilité politique et institutionnelle, ne sont pas viables à long terme sans une amélioration substantielle des conditions de vie des populations. Vous l’aurez bien chanté et tatoué sur chaque enfant qui naît, la cohésion nationale ne survit pas à l’épreuve de la misère. Agissons donc et maintenant !
Alfred Kpossi.
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